Mission d’échantillonnage à la Martinique

Du 19 au 30 janvier 2026, ATLASea s’est rendu à la Martinique pour une mission d’échantillonnage dédiée aux éponges ! Pour l’occasion, nous avons interviewé Thierry Pérez, chercheur spécialisé en écologie marine et membre du programme qui a mené cette mission.

Thierry Pérez. © Marie Origas

Pour quelles raisons la Martinique présente-t-elle un intérêt pour la collecte d’éponges ?

Dès l’écriture du projet ATLASea, j’ai proposé la Martinique pour échantillonner spécifiquement les éponges, car elles représentent des modèles prioritaires pour la recherche de substances naturelles potentiellement valorisables. La Martinique est spéciale au sein de la mer Caraïbe. Tous les spécialistes des éponges que j’ai emmenés sur ce terrain sont unanimes. Sa biodiversité est exceptionnelle, sans commune mesure avec ce qu’on trouve ailleurs aux Antilles françaises.

Je travaille à la Martinique depuis 15 ans, j’y ai conduit plusieurs échantillonnages, une campagne océanographique majeure en 2015 (PACOTILLES), qui avait permis de faire le tour des Antilles et donc de comparer la biodiversité de nombreuses îles (Guadeloupe et Saint Martin inclus), et j’y ai même organisé une école d’été sur les éponges.

En 2017, j’ai publié le premier inventaire de la faune des éponges de la Martinique (près de 200 espèces) et depuis avec mes collaborateurs et étudiants j’y ai décrit près de 20 taxons nouveaux. Nous avions donc là une base de connaissance idéale pour fournir ATLASea en éponges, d’autant que les autres programmes de séquençage ont très peu considérés la Caraïbe.

L’équipe de la mission presque au complet sur le terrain du Motel la Sucrerie où ont été installés les laboratoires dans deux studios : Thierry Pérez, Marie Grenier, Sacha Molinari, Charlotte Simmler, Clément Cabioch, Titouan Biré, Margaux Ledissez, Morgane Monteil (CNRS-AMU IMBE), Luc Rangon (IRD Martinique – IMBE), Karine Labadie, Julie Poulain (CEA Genoscope), Cristina Diaz (Musée de Margharita, Venezuela), Guillaume Tollu et divers autres collègues (Impact Mer, La Martinique) + Bruno Garel, Philippe Thélamon et divers autres collègues (Parc Naturel Marin de la Martinique). © Titouan Biré 
Une partie de l’équipe en partance pour la Mangrove de Génipa, dans la Baie de Fort de France, sous la direction de Guillaume Tollu et Cristina Diaz © Guillaume Tollu
Le bateau du Parc Naturel Marin, alloué à la mission pendant 6 jours consécutifs. Pour chaque plongée, deux agents ont accompagné l’équipe ATLASea. © Thierry Pérez

Quelles zones précises ont été échantillonnées ?

A la Martinique, le secteur sur lequel j’avais les meilleures connaissances se situe entre les Anses d’Arlet et la Baie du Diamant. C’est donc là que nous avons concentré nos efforts, en échantillonnant des sites où j’avais déjà travaillé par le passé.

A la Martinique, les récifs coralliens tels qu’on les imagine n’existent pas. Coraux et éponges se mélangent sur des chaos de blocs, du récif ancien et le long de tombant rocheux. Nous avons aussi exploré quelques grottes sous-marines, particulièrement pour les espèces que j’y avais décrite.

On a aussi échantillonné dans deux mangroves (une baie de Fort de France, une face Atlantique) dont les éponges avaient été aussi étudiées par le passé avec mes collègues d’Impact Mer et Cristina Diaz. Cette stratégie a permis de cibler un maximum nos échantillonnages. Malgré tout, nous avons aussi récolté beaucoup de nouveautés.

Clément Cabioch, doctorant, a été l’un des deux opérateurs ATLASea en plongée en scaphandre. Récolte d’une éponge Irciniidae. Rocher du Diamant. © Thierry Pérez
Capture par le dispositif I-SMEL d’exo-métabolites d’une éponge Aplysina pour analyse métabolomique. © Thierry Pérez

Combien d’éponges ont été récoltées ?

Nous avions un permis de récolte pour 200 échantillons, nous en avons récoltés 182. Les chiffres sont à consolider, mais nous aurions autour de 150 espèces au total, dont une vingtaine de coraux, seulement 10 espèces qui ne sont pas retenues pour le séquençage de génome. 

Parmi les quelques 120 espèces d’éponges (j’en espérais 80-100), plusieurs espèces sont des nouvelles signalisations pour la Martinique et les Antilles françaises, et nous pensons avoir au moins 10 espèces nouvelles à décrire (toutes sont déjà identifiées au niveau du genre).

Assemblage d’éponges d’une richesse exceptionnelle dans la faille du Rocher du Diamant. © Thierry Pérez
Les éponges Aplysina ont été particulièrement ciblées pendant cette mission, pour séquençage de leur génome mais aussi pour des analyses métabolomiques, Grande Anse, les Anses d’Arlet. © Thierry Pérez
Tri et rangement de l’ensemble des lames microscopiques préparées pour les identifications taxonomiques d’éponges. © Julie Poulain
Analyse taxonomique, Cristina Diaz et Marie Grenier (Postdoc à Aix-Marseille Université). © Thierry Pérez
Chaîne de traitement des échantillons ATLASea, Julie Poulain (Genoscope) et Morgane Monteil (doctorante à Aix-Marseille Université). © Guillaume Tollu

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